Recrutement : la relativité du critère « formation »

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Une de mes petits plaisirs pendant les vacances, c’est de regarder les documentaires d’ARTE. Le dernier en date : un docu sur Luc Besson et son côté « enfant terrible » du cinéma. Faisant un pied-de-nez à l’académie française, il a créé en 2012 une école de réalisation/scénarisation « pour que les jeunes passionnés (…) qui n’ont pas trouvé leur chemin par la voix classique, puissent avoir une alternative » (www.ecoledelacite.com).

On sent clairement que le discours est sous-tendu par un postulat : l’enseignement traditionnel ne donne pas sa chance à tout le monde et passe à côté de talents à cause de son formalisme (dogmatisme ?), voire tue le talent. Totalement acquis au pragmatisme anglo-saxon, il tourne le dos à la religion du diplôme, de l’école et du parcours académique qui caractérisent nos contrées.

Même son de cloche du côté de l’Ecole 42, fondée par Xavier Niel et Nicolas Sadirac (2 papes français de l’informatique), qui cherche à former les meilleurs talents de leur génération dans le domaine de l’informatique et ce, en grand nombre (www.42.fr). Comme pour l’Ecole de la Cité, l’enseignement est gratuit et « la sélection des étudiants ne se fait ni par l’argent ni par le diplôme [même pas besoin du Bac] mais uniquement par le talent et la motivation ». Bref, la passion et le plaisir d’apprendre, plutôt que la contrainte et la sanction.

Ces initiatives me font penser à certains discours que j’entends dans les PME. Il y a quelques jours encore, un responsable dans le secteur vert « des Parcs et Jardins » m’expliquait qu’il engageait rarement des jeunes sortant de l’école d’horticulture, préférant des personnes qui posaient leur candidature sans spécialement être formées en la matière. « Je teste leur intérêt pour le métier durant l’entretien. Si je vois l’envie d’apprendre dans leurs yeux, cela me convient ». Sa raison : ces profils seraient plus créatifs dans leur job au quotidien, car moins « formatés » : « Ils me questionnent dans ma pratique, et sont parfois ainsi source d’innovation. J’apprends d’eux également. » et plus motivés aussi : « Le matin, quand ils viennent, c’est pour apprendre, ils sont curieux de tout ». Et de rajouter qu’ils sont, selon lui, plus fiables (moins de jours d’absence) et réalisent un travail de qualité, malgré leur faible connaissance de départ dans le domaine, car « ils veulent absolument bien faire ».

Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain : nos écoles belges – peut-être un peu moins académiques que leurs homologues françaises – proposent pour la plupart un enseignement de qualité, mais hélas parfois trop formaté et peu connecté aux besoins des entreprises. Comme partout, certains étudiants sont plus motivés que d’autres. Et, bien entendu, la formation est plus critique pour certains métiers (Qui aurait envie de se faire opérer par un amateur passionné de médecine ?) Il est cependant intéressant de noter que de plus en plus d’employeurs acceptent voire recherchent l’absence de connaissances, au profit de l’originalité, de la personnalité et de la motivation du travailleur. Quitte à investir dans la formation du collaborateur, sur le long terme. Un regard nouveau, une autre approche, un investissement durable dans l’entreprise, le graal du recruteur actuel ?

Et vous, avez-vous déjà engagé un travailleur uniquement sur base de sa motivation et de sa personnalité ?

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